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Le laserponcture, une approche alternative aux blessures médullaires

Publié dans Ability Magazine, numéro d’avril 2006

Les fans de la série télé britannique Casualty ou du feuilleton américain General Hospital reconnaîtront la scène familière où le docteur doit annoncer à un patient accidenté, « Je suis désolé, mais vous ne remarcherez plus jamais ». Ces mots peuvent contribuer à faire un bon drame à la télé mais ce n’est peut-être pas toujours le meilleur conseil médical.

Selon la International Campaign to Cure Spinal Cord Injury Paralysis, environ 130.000 personnes par an deviennent partiellement ou totalement paralysés à travers le monde suite à une blessure médullaire. Avec un âge moyen de 33 ans lors d’une blessure médullaire dont plus de la moitié surgit chez les moins de 30 ans, la population de ceux qui en souffrent d’une est globalement estimée à plus de 2,5 millions aujourd’hui.

Lorsque la perte de sensibilité et de mouvement sous la lésion est totale, la lésion est dite complète ; et lorsqu’il reste un peu de sensibilité ou de mouvement, elle est considérée comme incomplète. Les lésions hautes de la moelle épinière entraînent une tétraplégie où les mains, bras et jambes sont touchés par la paralysie. Les lésions basses entraînent une paraplégie, c’est-à-dire la perte de sensibilité et de mouvement dans la partie inférieure du corps. Selon sa hauteur et sa sévérité, la blessure médullaire peut aussi interrompre certaines fonctions automatiques du corps tels que la respiration et le contrôle des sphincters de la vessie et du rectum.

Après une blessure médullaire, les patients passent généralement plusieurs mois en centre de rééducation. Mais à la fin de leur séjour, s’il y a eu peu voire aucune récupération nerveuse, on leur dit souvent de ne pas s’attendre à avoir plus de progrès, apprendre à accepter leur état de paralysé et s’y ajuster.

Malgré ce sinistre conseil, beaucoup de ceux qui ressortent en chaise roulante sont déterminés à récupérer et certains trouvent leur chemin jusqu’à La Chapelle Montlinard, un petit village français le long de la Loire où le scientifique et Dr Albert Bohbot, un inventeur doué et compétent, est le pionnier d’un traitement appelé laserponcture.

Le Laserponcture est similaire à l’acupuncture que Bohbot a étudiée pendant 15 ans en lisant beaucoup d’anciens textes chinois. L’acupuncture consiste en l’application d’aiguilles sur certains points de la peau. Ces points sont liés à des méridiens ou réseaux le long desquels circule une énergie vitale appelée qi.

A la place d’aiguilles, le laser de Bohbot transmet une énergie infrarouge, et il a ajouté 300 points d’acupuncture à la cartographie chinoise initiale. Il pense que ces points sont sur des méridiens qui correspondent à des niveaux de la moelle épinière précis. Bohbot pense que lorsque les messages ne peuvent plus passer entre le cerveau et les membres par la moelle épinière, des techniques tel que le laserponcture peuvent aider le cerveau à reconnaître ce problème et chercher une autre voie de passage. Le but de son traitement est d’ouvrir de nouveaux chemins neuraux afin de « ré-établir un dialogue entre le cerveau et la partie du corps sous lésionnelle ».

Bohbot dit qu’il a découvert son traitement par accident : « j’ai commencé à utiliser le laser pour un traitement contre la douleur. Ensuite on m’a demandé de traiter un jeune tétraplégique qui avait des problèmes internes. Ces problèmes ont été guéris et nous avons aussi noté une récupération de fonction [neurologique]. C’est comme cela que ça a commencé. »

Le traitement stimule 10 points en même temps et Bohbot change les points à chaque fois. « C’est un peu comme un jeu d’échec ; il faut bouger les pièces stratégiquement pour faire circuler l’énergie », explique-t-il. Chaque séance dure environ 20 minutes et la plupart des patients ont deux séances par jour pendant une ou deux semaines. Bohbot insiste sur le fait que le traitement n’est « absolument pas invasif ou nocif ».

A chaque séance, Bohbot demande : « Vous sentez quelque chose ? » Chaque patient réagit différemment, et les sensations qui varient d’un individu à l’autre. Guy, 29 ans, atteint d’une paraplégie suite à une blessure médullaire complète, dit que pendant les traitements il ressent dans les jambes des « fourmillements ou un flux d’énergie, parfois de la chaleur, parfois elles sont lourdes ».

Jackie, 34 ans, atteinte d’une blessure un peu plus haute, déclare qu’elle n’a rien ressenti au début mais qu’elle a une réaction claire lorsque les lasers ont été appliqués sur ses cervicales. Elle se rappelle que « c’était comme si on appuyait sur ma vessie ».

Laurance Johnston, PhD, ancien directeur de la Spinal Cord Research Foundation au Paralyzed Veterans of America, écrit beaucoup d’articles sur les traitements traditionnels et alternatifs pour les blessures médullaires, dont la thérapie laserponcture de Bohbot. Johnston souligne que beaucoup de scientifiques sont en train de repenser l’hypothèse selon laquelle les neurones sont morts après une blessure médullaire complète. Les chercheurs pensent maintenant que quelques neurones peuvent rester vivant mais sont en sommeil. La théorie de Johnston est que le « laserponcture pourrait être un interrupteur thérapeutique qui réveille les neurones en sommeil ayant survécu à la blessure ».

Cependant, les progrès n’arrivent pas sans travail et l’exercice est un élément important de la thérapie de Bohbot. La petite salle de gym à côté du cabinet abrite plusieurs équipements : des bancs pour soulever des poids, des verticalisateurs et des vélos dont on peut se servir assis dans un fauteuil roulant. Avec des attelles pour soutenir les jambes et un déambulateur, les patients marchent à travers la pièce ou sur une piste de marche. Même si aucun des patients de ses n’a récupéré une marche totalement indépendante, Bohbot note que la majorité récupère des mouvements et / ou sensations volontaires, y compris les patients dont la lésion avait été classée complète.

Melissa, ancienne gymnaste et espoir olympique, n’avait que 13 ans lorsqu’elle s’est fracturée les cervicales au cours d’un entraînement au trampoline en 2001. En quittant l’hôpital cinq mois plus tard, elle pouvait bouger un peu ses bras et avait une sensibilité partielle dans ses membres mais aucun contrôle de sa vessie. Les médecins lui ont dit qu’elle ne pouvait espérer une amélioration que de cinq pourcent et voulaient opérer sa vessie. « Est-ce que l’opération est réversible ? » a alors demandé sa mère. « Pourquoi voulez-vous qu’elle soit réversible ? Elle devra utiliser des sondes jusqu’à l’âge de 70 ans », lui a-t-on répondu. En 2002 elle a commencé le traitement avec Bohbot et en quelques mois elle a retrouvé la sensation normale de la vessie et pouvait la vider volontairement en contractant ses muscles abdominaux. Ses mains sont plus fortes et elle peut bouger ses doigts et les deux chevilles.

Emilie a commencé le traitement en juin 2000, six mois après une blessure médullaire lombaire et recevait trois traitements par semaine. Elle était atteinte de paraplégie, avec aucun mouvement sous la lésion, ni sensation de la vessie ou du rectum même si elle avait une légère sensibilité dans les jambes. Lors de sa première séance de laserponcture, un muscle dans sa cuisse droite a bougé. Elle a continué les séances régulièrement et en 2003 les fonctions de la vessie et du rectum étaient entièrement rétablies. Comme tous les patients de Bohbot, elle a commencé avec une marche approximative en utilisant des aides mécaniques et en bougeant son bassin pour avancer les jambes, mais progressivement elle a retrouvé des mouvements volontaires qui sont d’abord apparus dans le bassin puis ont descendu. Aujourd’hui elle peut marcher avec un déambulateur mais sans attelles pour soutenir ses jambes.

Andy Kemp, un consultant pour les problèmes de vessie à la London School of Traditional Acupuncture and Chinese Medicine, pense que les traitements tels que l’acupuncture ou le laserponcture ont le potentiel de faire apparaître des progrès mesurables pour ce qui est des fonctions urinaires chez les blessés médullaires. Bien que les essais cliniques comparatifs du laserponcture soient au premier stade, Kemp ne rejette pas les preuves anecdotiques de Bohbot. « Les Chinois ont accumulé 2.000 ans de preuves anecdotiques », déclare-t-il. « Parfois la science est à la traîne ».

Les patients de Bohbot sont d’accord. Selon Jackie « la rééducation au centre se limite à nous apprendre à vivre en fauteuil ». « A aucun moment il ne s’agit d’essayer de faire des progrès ». Mais au cabinet de Bohbot, elle note que les choses s’améliorent. Le cabinet observe souvent que la circulation, l’équilibre, la fluidité des articulations et le tonus musculaire peuvent s’améliorer dès la première semaine. De plus, les muscles reprennent vie sous la lésion et les membres paralysés qui se sont atrophiés depuis l’accident commencent à reprendre forme. Ces changements sont mesurés très minutieusement pas le Dr Cécile Jame-Collet, médecin conventionnel, qui vient régulièrement au cabinet.

Les patients de Bohbot reconnaissent les soins excellents dont ils ont bénéficié à l’hôpital et au centre de rééducation avant de venir au cabinet mais ils rejettent la mentalité de beaucoup de praticiens selon laquelle travailler dans l’espoir de faire des progrès les place dans l’abnégation et les empêche de se projeter dans une vie future intégrant leur handicap.

« Je fais presque autant de choses qu’avant l’accident », déclare Guy. « Je gère une entreprise, peux partir en vacances pour faire de la voile et du ski. Je partage mon temps entre ma vie normale et le traitement. »

Les patients et leurs proches qui échangent des anecdotes ne font pas beaucoup de cas de la litanie « n’espérez aucun changement tant au plan physique que psychologique ». Mike, 21 ans et tétraplégique, gère une entreprise d’aménagements paysagers et se souvient de la réponse que lui a donnée son kinésithérapeute lorsqu’il lui a demandé de travaillé sur ses jambes : « Vos jambes ne sont pas importantes, elles sont paralysées ». « Alors j’ai bougé ma jambe gauche. »

Souvent les parents doivent se battre pour leurs enfants. On avait dit aux parents d’Anna, à Barcelone, qu’elle passerait le reste de sa vie dans un lit, incapable de bouger un membre sous le cou. Aujourd’hui Anna, une jeune femme menue de 28 ans dont le sourire plein d’énergie éclaire son visage, marche sans interruption dans la pièce avec des attelles et un déambulateur. Son père note que « sa marche a changé ; je l’ai enregistrée donc je le remarque. Maintenant elle utilise plus ses jambes ».

Certains professionnels travaillant dans le domaine de la médecine conventionnelle aimeraient aussi voir un changement d’attitude. Louise Rogerson, une neuro-physiothérapeute exerçant dans le nord de l’Angleterre, dit qu’elle a laissé son emploi à cause des restrictions imposées par les centres de rééducation pour travailler dans la neuro-rééducation en indépendante. Elle explique que « si un patient ne faisait aucun progrès dans les six premières semaines, je détestais devoir leur dire ‘désolée, je ne peux plus rien faire pour vous.’ » Elle encourage les approches comme celles de Bohbot et souligne que « s’il y a un léger mouvement, où qu’il soit, il faut s’en saisir pour en tirer le meilleur. On peut créer et recréer un mouvement en espérant que le patient viendra à le faire volontairement ». Aujourd’hui, elle essaie de changer les mentalités au sein de la communauté hospitalière.

Jusqu’à présent Bohbot a traité plus de 500 patients qui viennent de toute l’Europe et même d’aussi loin que le Canada, les Etats-Unis, l’Iran et l’Australie. De façon générale, il a fait face à une opposition féroce de l’establishment orthodoxe médical, mais il a aussi trouvé des alliés. Anba Soopramanien, un médécin et spécialiste expérimenté au Duke of Cornwall Spinal Treatment Centre à Salisbury au Royaume-Uni, a vu des patients qui semblent avoir fait des progrès par le traitement de Bohbot. « C’est le patient qui m’intéresse en premier », dit Soopramanien. « Si la médecine complémentaire peut ajouter quelque chose à ce que nous faisons, alors pourquoi ne pas avoir l’esprit ouvert ? Si les patients nous signalent des changement de leur état, peu importe qu’ils soient quantifiables à partir du moment où leur qualité de vie s’en est améliorée. »

Ces petits pas, ou même ces légers changements dans la sensibilité, ne sont peut-être pas assez dramatiques pour la télévision, mais pour les personnes souffrant d’une blessure médullaire et qui n’ont qu’Une vie à vivre[1], ils fournissent la matière au scénario.

[1] One Life to Live, titre d’une série télévisée.

Dernière mise à jour : 14 octobre 2008


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